
Champ profond
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Les tomes XVII à XXII, restés inédits, d'une somme philosophico-théologique parue de 2007 à 2024.
Une vaste somme philosophico-théologique parue entre 2007 et 2024 aux éditions Loubatières, en vingt-deux tomes répartis en quatre mouvements : le cycle initial, ses additions, ses cahiers, et « Recherche extrême ». Les tomes XVII à XXII, derniers du cycle « Recherche extrême », sont restés inédits ; ils sont proposés ici, à consulter en ligne ou à télécharger.
Les tomes suivants, non publiés, prolongent la somme parue aux éditions Loubatières entre 2007 et 2024. Les textes inédits proposés en lecture et en téléchargement sur ce site, avec l'autorisation de Pierre Le Coz, restent la propriété exclusive de leur auteur. Toute reproduction, publication ou diffusion, même partielle, est interdite sans autorisation écrite préalable.

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Betz Pierre, Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Écomusée de la BintinaisLorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit, sed do eiusmod tempor incididunt ut labore.
Partie 2 — Marguerite et son auteur — à venir

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Entretien d'Éric Coulon avec Pierre Le Coz, le 17 mars 2021
Chaîne YouTube de l'Université Libre de la Connaissance Site de l'ULC
L'Europe et la Profondeur, conférence de Pierre Le Coz du 30 juin 2022
Aux éditions Loubatières, de 2007 à 2024 — cliquez sur une carte pour déplier le résumé complet.

Plus qu'un traité de philosophie ou de théologie, L'Europe et la Profondeur doit être lu comme un « roman philosophique » – une enquête quasi-policière à travers la peinture, la littérature, l'histoire et la géographie, pour revenir à la source du destin de l'Occident. Celui-ci est pensé à partir de l'événement cardinal du départ du Christ et de la détresse en laquelle il plonge l'homme européen, cette détresse induisant notamment les catégories nouvelles d'espace et de temps qui régissent aujourd'hui le monde. Dans sa première partie (Espace et lieu), s'aidant d'une réflexion sur la perspective considérée comme une méditation en actes autour de l'Incarnation, il est montré comment l'espace moderne – c'est-à-dire celui où l'étendue prend le pas sur le lieu – se met en place, espace libéré par le retrait du Christ, ce « dieu qui se dérobe », et, en ce dérobement, déracine et désenchante.

Le Traité du Même constitue le deuxième tome de L'Europe et la Profondeur publié en 2007 aux Nouvelles Éditions Loubatières. Ici, en bien des points, la philosophie cède le pas à la théologie ; la métaphysique à l'histoire, à la politique et à la critique sociale. Il s'agit maintenant de tirer les conséquences pratiques de ce qui, dans L'Europe et la Profondeur, n'était encore qu'une généalogie de l'Occident. Des thèmes nouveaux ou seulement ébauchés dans le premier livre sont abordés de front, pour certains débouchant sur des analyses de l'actualité la plus brûlante sinon la plus vulgaire de notre monde. C'est ainsi qu'à côté de relectures des grands textes de la tradition littéraire (Dante, Kafka, Chrétien de Troyes, Shakespeare, Dostoïevski, Saint-Simon, Proust, etc.), on trouvera dans ce Traité du Même des examens approfondis de phénomènes très modernes tels que le système néo-libéral, la laïcité, le sionisme, le mouvement caritatif, le persistant malaise de l'école, le « Spectacle » et les émissions de télé-réalité – examens qui, menés dans une lumière historico-théologique, risquent d'en surprendre plus d'un. Si notre temps est celui d'une détresse maximale, il offre aussi, en contrepartie, la possibilité d'assister au dégagement de la signification profonde des choses. En particulier, ce deuxième livre répond à une question qui, jusqu'ici, n'avait trouvé aucune réponse satisfaisante : pourquoi le capitalisme et l'industrie moderne sont-ils nés en Europe ?

« Le Royaume est ici mais nous n'en savons rien. Le Royaume est cet unique globe d'azur sous la voûte duquel nous vivons et mourons, mais nous l'ignorons encore. Nous n'avons pas pour le retrouver, à explorer cette roue d'astres qui lentement se meut au-dessus de nos têtes, nous n'avons même pas à le construire car il est là : toujours déjà donné, gracieusement accordé, d'aucun temps ni d'aucun pays mais pouvant partout surgir dès qu'un homme rencontre sa parole et dès qu'une parole rencontre son lieu. Nous avons tous eu l'intuition de sa présence, mais jamais encore nous n'avons su l'aborder. Et quand, par malheur, nous prétendions l'édifier, nous ne faisions qu'instituer l'Empire. Son rêve cependant, depuis le fond des âges, nous hante et nous inspire ; son désir nous accompagne durant l'errance et sous la tente étoilée : son rêve et son désir ont fait l'histoire. L'histoire n'est que la longue succession des tentatives des hommes pour conquérir le ciel, pour établir le Royaume dans l'ici et le maintenant. Chaque peuple à son tour s'est jeté dans cette aventure fabuleuse, chaque peuple à son tour a régné sur le monde avant de décliner. Car le Royaume n'appartient à personne, il ne peut être conquis ni par la violence, ni par la sagesse ; il ne peut être que donné ou perdu, accordé ou repris. Le Royaume n'est aucune utopie. L'erreur de l'utopie n'est pas d'avoir voulu combattre le malheur mais d'avoir voulu l'exterminer. Ce faisant, elle l'a répandu partout, contaminant les sources même de la joie. Le malheur ne peut être supprimé car il est l'incompréhensible, la lumière secrète à laquelle fleurit ou se fane toute joie. Si le soleil chaque soir ne replongeait dans l'informe de la nuit, ne se ressourçait aux forces de chaos et de destruction, il ne pourrait jaillir à l'aube aussi neuf et aussi radieux. Si la terre, à chaque crépuscule, ne se refermait sur son antre de noirceur et d'épouvante, elle ne pourrait pousser au matin ses fleurs éclatantes qui, elles aussi, sont filles de la nuit. C'est pourquoi le Royaume n'est pas le lieu de l'absence du malheur : il n'est aucune citadelle préservée dans le ciel ou sur la terre. Le Royaume est l'invisible plan où jouent, combattent et s'épousent détresse et bonheur – l'ajointement secret de toute horreur et de toute merveille. »

Cet ouvrage se propose d'étudier certains aspects mortifères de notre monde moderne, et cela notamment à partir de l'examen du concept de « monde-tombe » de Ludwig Binswanger, notion utilisée ici, non pas en mode psychique, mais ontologique : appliquée non à un individu mais à une époque entière – la nôtre. Par cette analyse, Pierre Le Coz fait venir ce qui à ses yeux caractérise le monde contemporain : sa rédhibitoire clôture s'étendant à tous les domaines y compris ceux de la vie la plus quotidienne ; clôture associée à un cours lui-même très particulier du devenir, et qui se caractérise par un temps s'effondrant en direction d'un unique instant-évènement où est (sera) rassemblée la totalité de l'histoire humaine : ce que certains appellent « la fin du monde » (mais de quel « monde » au juste ?) et d'autres « l'Apocalypse ». Ce qui au bout du compte est tenté ici n'est rien moins que la description de ce processus à la fois extrêmement prégnant (puisque personne ne semble pouvoir y échapper) et toujours, après cinq siècles, aussi mystérieux du moderne ; et comment notamment les entreprises historiques de ceux-là mêmes qui prétendaient le maîtriser (en mode « progressiste ») voire s'y opposer (en mode « réactionnaire ») n'ont abouti qu'à une seule chose : l'accélérer et le renforcer toujours plus, si bien que ce « moderne » apparaît désormais à nombre de nos contemporains comme un « destin » (dont un nom serait par exemple « mondialisation », mais il y en a d'autres) contre lequel il n'y aurait qu'à subir. Il n'en est bien sûr rien, et il sera montré dans un prochain ouvrage (Le Secret de la vie) comment ce processus peut être surmonté, et brisée la clôture époquale de ce monde même : « tombe » et « moderne ».

Le Secret de la vie, cinquième tome de L'Europe et la Profondeur, tout en apportant des réponses pratiques à certains questionnements soulevés dans les livres précédents, médite la situation de l'ensemble de l'ouvrage qu'il fait venir comme appartenant au genre du « grand récit » en l'opposant à celui aujourd'hui dominant du « petit traité », attaqué ici avec virulence. La tonalité de ce Secret est donc (notamment dans sa quatrième partie) nettement plus polémique que celle des autres tomes, son auteur n'ayant jamais cru qu'on arrivait à quoi que ce soit dans l'ordre de la pensée en ménageant ses contemporains. C'est même tout le contraire qu'il s'est proposé ici : écrire un livre résolument « injuste » et « excessif » afin que soit clairement indiqué au lecteur la frontière qui sépare désormais cette Profondeur des autres ouvrages de philosophie de son temps.

L'Ancien des jours est le 6e tome de L'Europe et la Profondeur, que son auteur définit comme un « manuel de survie au temps du nihilisme achevé ». Cette aventure intellectuelle et spirituelle commencée il y a six ans se propose d'analyser les événements de l'actualité aux lumières de la métaphysique, de la théologie, voire de la littérature, en examinant ici plus particulièrement les notions rimbaldiennes de « combat spirituel » et de « absolument moderne ».

Avec ce Pays silencieux, septième et dernier tome de L'Europe et la Profondeur, s'achève l'aventure tout à la fois intellectuelle et spirituelle que constituèrent, pour son auteur comme pour le « petit nombre » de ses lecteurs, l'écriture et la publication de cette Somme, à l'époque des « petits traités » et autres « livres de développement personnel » unique en son genre.

Mon projet serait donc, en commençant la rédaction de cet Atelier du silence, d'accomplir la même chose que Vermeer, pour le domaine du visible et du spatial, a accomplie en son « Art de la peinture » : faire entendre le silence qui est à la source de toute création – traduction picturale-vermérienne : faire voir le vide qui est à la source de toute « action de voir » – en donnant, par un faire-silence approprié, la parole au sens – en « se laissant dire » par lui de telle façon que ce que l'on écrit devienne une aventure au pays des mots, dans le domaine du sonore et du temporel (comme celle vermérienne le fut dans le domaine du visible et du spatial), de ce sens même. De la même façon que Vermeer, pour rendre compte de son « art », a dû peindre un certain vide, il me faut donc à mon tour, pour rendre compte de l'essence du mien (le « poétique » et plus généralement la « littérature »), faire entendre un certain silence et, pour cela, ouvrir dans la profondeur temporello-sonore (« disante ») un atelier où l'on s'exercera d'abord, en mode lent et méditatif, à « faire silence » : l'atelier du silence.

On me crie de Séir : « Veilleur, où en est la nuit ? Veilleur, où en est la nuit ? » Le Veilleur dit : « Le matin vient, et la nuit aussi. » À partir de cette citation du prophète Isaïe, Pierre Le Coz a bâti une de ses vastes méditations dont il a le secret ; et méditation en laquelle, sur la base notamment d'interprétations approfondies du « Christ aux oliviers » de Nerval, de la Noche oscura de saint Jean-de-la-Croix, du Macbeth de Shakespeare, de poèmes « nocturnes » de Philippe Jaccottet et des Apports à la philosophie d'Heidegger, est examinée la nature très particulière de ce où « où en est la nuit ».

Rédigée dans le cours de la dramatique année 2015, cette Porte sur l'été, dixième tome de L'Europe et la Profondeur, est sans doute le plus « politique » des volumes du « grand récit » de Pierre Le Coz. Mais tonalité qui, comme d'habitude chez cet auteur, n'exclut nullement les relectures (toujours passionnées) et interprétations (souvent vertigineuses) de certains grands textes de la tradition littéraire ou philosophique ; étant toujours apparu clair au « scripteur » de cette Profondeur que ce qu'il est convenu d'appeler la « grande culture » n'est rien si, pour chaque époque considérée, on ne cherche pas à en faire usage.
Le lecteur de cette Porte ne s'étonnera donc pas de voir se succéder, à côté d'analyses parfois subtiles et « pointues » de certaines thématiques littéraires, philosophiques voire théologiques : celles par exemple de la « vérité », ou de l'« ennui », ou de l'« étonnement », ou encore de l'« espérance », etc., des considérations relatives, elles, à des sujets plus actuels tels que : les raisons du vote « populiste », ou le « terrorisme islamique », ou les « théories du complot », ou « le sentiment de l'insécurité », etc. ; tant il est apparu évident à l'auteur que l'urgence, ici, n'était pas tant d'apporter des réponses à ces questions – si tant est qu'il en existe – que, d'abord, de « débroussailler les chemins de la vérité »… pour au moins permettre à ce lecteur de parvenir à un mode correct de l'exposé de celle-ci.
Mais où l'on comprend aussi que ce à quoi vise essentiellement cet ouvrage – comme le faisaient d'ailleurs, chacun à sa façon, les tomes de la Profondeur qui l'ont précédé – n'est pas tant l'exposition d'une « pensée » que la préalable destruction de certaines catégories qui justement, du fait de leur imposition à toute une époque intellectuelle de présupposés au fond jamais interrogés, empêchent le déploiement de quelque chose comme… une « pensée » : celle que devra alors se constituer lui-même, s'il parvient sans encombres au bout de sa lecture, le lecteur de cette Porte sur l'été.

Ce Secret de la domination, onzième tome de L'Europe et la Profondeur, est peut-être le plus étonnant de tous les volumes du « grand récit » de Pierre Le Coz : pour ce que faisant cohabiter dans l'espace scripturaire d'un même livre une analyse en forme théologico-critique de la présente « Situation de l'Europe » – notamment face au processus récent et massif de l'implantation d'une religion nouvelle sur son continent – avec l'écriture d'un « grand roman époqual-autobiographique » – « Soldat et jeune fille souriant » – où l'auteur, revenant en une forme comme « auto-fictionnelle » sur la période située à la transition des xxe et xxie siècles, essaye de comprendre ce qui, dans le quotidien de celle-ci, a réellement et profondément changé – à savoir : rien de moins que le mode même de l'écoulement du temps – ; et changement qui a probablement constitué le plus grand bouleversement de toute l'histoire récente… dont la suite dès lors – ce que nous vivons aujourd'hui très pratiquement (et, pour l'immense majorité d'entre nous, très douloureusement) – ne peut plus être que le développement « philosophique »… toujours plus désastreux. Ce mouvement de retour au genre romanesque illustré par un ouvrage qui, depuis dix tomes, se présentait comme un « essai » disant bien, par ce bouleversement radical qui ne dit pas son nom, dans quelle urgence nous sommes entrés.

Cet Éternité et après, douzième tome de L'Europe et la Profondeur, apparaît comme un ouvrage de transition faisant passer le « grand récit » de P. Le Coz d'une écriture encore structurée en chapitres – comme c'est le cas dans la première partie (« Le repos pendant la fuite en Égypte ») – à une autre qui, elle, ne se développe plus qu'en la forme de « Variations » (au sens musical) brassant tous les thèmes précédemment abordés dans le cours de cette Profondeur (« Cahiers de L'Europe et la Profondeur »). Ce pour quoi le lecteur qui prendra le risque de s'aventurer en ces « landes sauvages »-scripturaires ne devra plus tant y rechercher l'exposé d'une « pensée », fût-elle « la plus profonde », que la confrontation avec l'a-byssalité que recèle en essence l'« exercice de toute pensée ». Par quoi, ce qui était à l'origine l'emprunt par ce même lecteur d'un chemin censé le conduire vers une « vérité » (peu important laquelle) se transforme insensiblement en l'apprentissage d'un vertige (pensif-scripturaire)… où il s'agit, pour le lecteur comme pour l'auteur, en se déshabituant progressivement de tout, non plus tant, justement, de « penser » que de sonder.
Ce pour quoi aussi la méditation cardinale de cet ouvrage – l'examen des rapports qu'entretiennent le « temps » et l'« éternité » – se diversifie en d'autres, selon, moins métaphysiques… voire tout ce qu'il y a de plus actuel et concret : effectuant pratiquement par là le projet qui était à l'œuvre dès le début de l'écriture de cette Profondeur – rien de moins que la rédaction d'un « livre total », c'est-à-dire d'un ouvrage où aucune des dimensions ordinaires de la « pensée » (philosophie, théologie, économie politique, critique littéraire ou picturale, etc.) ne serait a priori exclue – ; à ce seul bémol que les illustrations de ces diverses catégories se voient retournées en le sens de la poursuite, par un scripteur « à peine identifié sous le nom de (qui on sait) », de, cette fois-ci, une toujours unique « ligne de fuite » : celle indiquée dès le premier chapitre du premier livre de ce « grand récit »… et dont ce même « scripteur », à douze tomes d'intervalle, n'a dans le fond jamais dévié.

Dans ce treizième tome de L'Europe et la Profondeur, à partir d'analyses, tant picturales (Cézanne, Van Gogh, Lascaux, Vermeer, Picasso) que poétiques (Rimbaud, Hölderlin, Rilke), Pierre Le Coz ne tente rien de moins que de raconter l'histoire des rapports que, depuis son origine, l'espèce humaine entretient avec l'image.
Et cela comme si la capacité de cette espèce à « fabriquer des images » constituait, avant même peut-être le langage, sa véritable essence : de signature donc, non tant d'abord « poétique » que picturale. L'homme, avant que d'être l'homo sapiens de notre moderne anthropologie, serait-il cet homo pictor : la créature qui, pour avoir loisir de configurer le chaos phénoménal d'un « univers sans images » (Rimbaud) en un monde de/du sens, doit faire passer cet univers au filtre de l'élaboration – par traitement préalable de celui-ci en « motifs » – de telles images ? Il faut donc lire ce Paradis des orages comme une sorte de plongée généalogico-pensive dans l'abîme du temps en direction de l'origine de notre propre espèce : comment l'homme est devenu « humain » par cette faculté qu'il a développée de tirer-« figure »-de/isoler-en-« motifs » les choses qui l'environnent.

« Le Bruit du temps est comme le fond silencieux-sonore qui emplit de sa musique "brute" l'espace du monde – l'invisible intervalle/élément, pareil à la caisse de résonance de cette "(inaudible) musique", que se ménagent entre elles, non pas les choses de ce monde, mais leurs présences, selon, fleurissantes ou fanantes – ; mais "bruit" qu'il ne nous est loisible d'entendre que si nous avons préalablement procédé au toilettage "musical-spirituel" de cet espace de tout le bavardage époqual qui, le plus souvent, l'emplit et le pollue en ce mode tonitruant-idéologique (…). Et si la présente et "absolument moderne" domination a accru dans de telles proportions, probablement jamais vues avant elle, le niveau de ce "bavardage", c'est sans doute parce qu'elle est la première convaincue de cette vérité que, si par malheur (pour elle) ce bavardage devait cesser, la possibilité qui, par cette cessation, serait alors offerte aux habitants de ce monde et de son "espace de résonance" de se mettre à tout instant à l'écoute de ce "bruit du temps"… constituerait pour ses "intérêts (de domination)" une sorte de catastrophe. »
Dans ce quatorzième tome de L'Europe et la Profondeur apparaissent aussi pour la première fois – via notamment de longues analyses des Mémoires de Saint-Simon, du Tour d'écrou de Henry James et de La Lettre volée de Poe – les notions de « (strict) littéraire » et de « (pur) scripturaire »… qui vont prendre tant d'importance dans les volumes ultérieurs (déjà écrits mais encore inédits) du « grand récit » de Pierre Le Coz. Par quoi le présent ouvrage vient comme une sorte de changement de direction dans la rédaction de l'« océan textuel » que constitue désormais cette Profondeur ; et inflexion « pensive » qui, d'une certaine façon, fait « rebondir » l'écriture du texte éponyme : en conférant à la spirale du sens qu'elle avait jusqu'ici suivie… un « chemin philosophique et, (sinon) plus sûr », du moins plus libre – celui qui, de toutes manières, va désormais faire passer l'auteur de cette « Somme » de la dimension de ce « (strict) littéraire » (jusque-là seulement « illustrée ») à celle de ce « (pur) scripturaire » (qu'il s'agit donc, à présent, d'explorer… en son a-byssalité la plus radicale).

Cet Événement de la vérité, quinzième tome de L'Europe et la Profondeur, peut d'abord être abordé par son lecteur comme une sorte de « bloc de pure métaphysique » – où il serait notamment procédé aux analyses des notions de « monde (con-figuré) et d'univers (in-différencié) », voire à celles de « (strict) littéraire » et de « (pur) scripturaire » introduites par l'auteur dans le cours de l'écriture de son tome précédent, Le Bruit du temps – ; même si, comme d'habitude dans le « grand récit » de Pierre Le Coz, se sont glissées, dans les interstices de telles méditations, souvent abyssales et vertigineuses, des considérations relevant, elles, de l'actualité la plus pratique et la plus brûlante de notre temps : c'est ainsi qu'on trouvera notamment, dans cet Événement, une longue et peu ou prou étonnante analyse consacrée à cette révolte des « Gilets jaunes »… qui éclata justement dans le moment de la rédaction de l'ouvrage.

La « pensée la plus profonde » n'a pas de nom et pourtant tous les mots la confessent secrètement, toutes les phrases, en leur mouvement de « fuite/fugue », s'avancent vers elle dans l'espoir de la circonscrire : le langage en son entier est sillage, mais « sillage » qui ne remonte jamais l'erre du beau navire du sens. Ai-je une seule fois « rencontré l'objet de (ma) quête » : mis dans le mille de sa mystique cible ? Il faut croire en tout cas que je l'ai « au moins (une fois) fugitivement aperçu » : car sinon je n'aurais pas trouvé en moi les ressources nécessaires pour rédiger cette immense Profondeur… et son « grand récit » serait, selon, resté lettre morte ou devenu (insignifiant) « petit traité ».